Le Moulin à vent du Plessis

Le Moulin à vent du Plessis

Que reste-t-il aujourd’hui du moulin à vent du Plessis, sinon quelques pierres qui ont survécu à l’érosion du temps ? Les ronces, les lierres, les morsures des saisons l’ont usé, malmené. Le vieux témoin de notre passé tient toujours, mais pour combien de temps ?

        Édifié en 1773 (date gravée sur le linteau est), sur une  crête voisine du village du Plessis par les ancêtres de Jean Pairaud (1) de Nantes, il ne profita pas, selon ses propos, d’une exposition idéale pour son énergie.

Dominant la vallée du Grand Lay, il a dû être conçu pour pallier au manque d’eau dans le cours du Grand Lay durant les périodes de sècheresse, quand le moulin à eau de la Godinière, placé sur le ruisseau, ne pouvait plus fonctionner.

Jean Pairaud se souvient du cheminement qui permettait d’accéder au moulin: « si je me réfère à mes souvenirs d’enfance, le « charreau (2) » était tracé dans la partie ouest du taillis. A l’époque, le blé était acheminé au moulin sur le dos d’une mule. Donc l’accès ne devait être qu’un large sentier qui longeait le taillis pour atteindre la croupe ouest de la colline, comme indiqué sur le croquis » :

 

(1)  Jean Pairaud était le frère de Romain Pairaud, propriétaire du village de la Couraizière, village de Montournais, situé à 1 km de Réaumur.

(2) Un « charreau » est le mot patois donné dans le secteur à un cheminement de charrettes (traces de roues).

(Document manuscrit de Jean Pairaud le 14 août 1989).

        « J’ai entendu dire à mon père que ce moulin avait mauvais vent. En effet, toutes les collines avoisinantes étaient d’un niveau supérieur. On m’a également raconté que les troupes républicaines l’auraient incendié en 1793, ce qui n’a rien d’étonnant. Je peux vous éclairer sur sa conception, car j’ai des souvenirs encore précis du dernier témoin ayant appartenu à ma famille : le moulin de la Garde, détruit en 1924. Il possédait encore tous les appareillages, il avait dû fonctionner jusqu’en 1910, année où mon père avait fait rééquiper à cylindres le moulin à eau de la Godinière qui a cessé de fonctionner en 1960 ». 

Croquis du moulin à vent du Plessis par Jean Pairaud :

  

 

Croquis du mécanisme du moulin de la Garde par Jean Pairaud

(Les deux meules, à gauche près du mur ont disparu)

 

         « A cette époque, les meuniers possédaient deux moulins, l’un à eau, l’autre à vent durant la période chaude de l’été. Le moulin à eau était là où mon grand père vivait, à La Godinière. Ce bâtiment à été vendu il y a bientôt une dizaine d’années par mon frère Romain ».

Description:

Construit en pierre, d’une hauteur de 9 mètres environ, son diamètre s’élargit légèrement à la base.
Deux portes permettent d’y accéder, ainsi le meunier peut entrer par l’une ou l’autre, indépendamment de la position des ailes.
Des bardeaux de châtaignier recouvrent le toit conique, ce qui a pour avantage de ne pas alourdir la charpente. La toiture posée sur un rail circulaire en bois, glisse sur des patins de bois enduits de suif.
Avec ce système, le meunier, à l’aide d’une perche de bois appelée guivre et fixée à la charpente, oriente les ailes du moulin selon le vent dominant pour pouvoir disposer du maximum d’énergie.

Le moulin à eau de La Godinière près du village du Plessis.

 

Historique des moulins à vent :

 

        Au 18ème siècle, de nombreux moulins dominaient les collines vendéennes. Ils jouèrent un rôle pendant les guerres de Vendée. La position de leurs ailes signifiait : en quartier, repos ; en bout de pied, rassemblement ; en jambe de chien gauche, danger proche ; en jambe de chien droite, danger passé.

        En effet, la position des ailes renseignait les insurgés vendéens (les blancs) sur les mouvements des soldats républicains (les bleus) comme une sorte de « télégraphe optique ».

        Les bleus découvrirent cette astuce et détruisirent la plupart des moulins à vent de la région. Leur destruction avait en outre pour effet d’affaiblir la capacité de combattre des Vendéens qui manquaient alors de farine pour la fabrication du pain. La tourmente passée, les moulins furent reconstruits aux mêmes emplacements.

        Au 19ème siècle, les meuniers observaient ce qui se passait chez leurs collègues, non par curiosité, mais pour échanger des messages et prendre de leurs nouvelles.

        Tous utilisaient les ailes dont la position avait une signification précise, pacifique cette fois. Il s’agissait de messages se rapportant à la vie familiale ou professionnelle.

 

La vie au moulin :

 

        On peut facilement imaginer le spectacle donné de colline en colline, par ces ailes blanches tournant allègrement et qui représentaient la vie.

        Tous les moulins à vent du Bocage Vendéen étaient couplés à un moulin à eau, installé auprès d’un ruisseau.

        Le meunier habitait le moulin à eau dont les bâtiments étaient plus spacieux pour abriter sa famille.

        Les moulins à vent étaient donc utilisés seulement l’été, à la saison sèche, lorsque les ruisseaux étaient à sec.

        Après la révolution, le meunier devient très souvent le propriétaire exploitant, la fabrication de la farine étant un   »service collectif ».

        Les meuniers deviennent une « classe à part » dans la société. Ils sont indispensables aux besoins alimentaires de la population. Ils se transmettent leurs biens de père en fils. Il faut être meunier ou fils de meunier pour « marier » la fille d’un meunier. C’est ainsi que l’on retrouve toujours, durant le 19ème siècle, les mêmes noms de familles.

        Le père confiait toujours son moulin à celui de ses fils le plus débrouillard. Il fallait, en effet, savoir gérer sa clientèle et assurer la suite de l’entreprise familiale.

        Le meunier allait de ferme en ferme chercher le blé à moudre, puis pour y ramener la farine, tout en ayant prélevé sa part au passage. Il se payait en effet au dixième, on disait qu’il  »craulait ». Il paraît même que certains en prenaient un peu plus…

 

Le déclin des moulins à vent :

 

        Vers 1910, la modernisation a permis le développement des minoteries industrielles. Les énergies nouvelles sont la vapeur et plus tard l’électricité.

         Le meunier perd ses droits de fabriquer de la farine panifiable.

         Les turbines remplacent les ailes. Les tamis à mouvements rotatifs remplacent les blutoirs.

         Les moulins à vent s’arrêtent.

         L’impôt sur les constructions est basé sur le nombre de fenêtres. Il faut donc détruire le moulin devenu inutile, ou bien maçonner les fenêtres.

         Plus tard, les Allemands utilisèrent les tours comme postes d’observation. Pour ce faire, ils supprimèrent ce qui restait des toitures.